Homophobie

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Ni plus ni moins: Comme tout le monde !

 

L’HOMOPHOBIE ET LA DISCRIMINATION QUI EN DÉCOULE
L’homophobie signifie essentiellement la peur des homosexuel-les ou l’aversion pour les gais et les lesbiennes. Le mépris, le dégoût, les préjugés et la haine des homosexuel-les naissent de cette peur. L’homophobie est en quelque sorte la réaction agressive de rejet qu’entraîne cette peur des rapports intimes entre hommes ou entre femmes, qu’ils soient sexuels ou non.

 

**L’orientation sexuelle est définie en fonction du sexe des personnes (hommes, femmes ou les deux) pour lesquelles nous éprouvons de l’affection et de l’attirance tant physique qu’émotionnelle. Elle constitue une partie importante de notre identité personnelle, c’est-à-dire de la perception que nous avons de nous-mêmes et de celle que les autres ont de nous. bande_dessinee_20

L’homophobie couvre toute une gamme de gestes et d’attitudes : les insultes, les remarques dirigées contre les gais et les lesbiennes, les farces dégradantes, la répulsion éprouvée devant les manifestations publiques d’affection entre gais ou lesbiennes, mais l’acceptation des mêmes manifestations d’affection entre des hétérosexuels.

Pour de nombreux gais et lesbiennes, la peur de l’homophobie est tout aussi omniprésente que l’anxiété qu’éprouve une femme quant à la possibilité de harcèlement sexuel ou de viol. Elle peut limiter les choix de carrière, les possibilités d’action, les promotions, les relations sociales et aussi affecter la santé et le bien-être des personnes.

Les conséquences de l’homophobie peuvent être graves, tant pour les homosexuel-les que pour leurs proches. C’est un problème qui concerne toute la société et l’homophobie doit être combattue avec autant de détermination que lorsqu’il s’agit de sexisme, de racisme ou d’antisémitisme.

La Charte des droits et libertés de la personne du Québec interdit la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle. L’article 10 de la Charte énonce :

Toute personne a droit à la reconnaissance et à l’exercice, en pleine égalité, des droits et libertés de la personne, sans distinction, exclusion ou préférence fondée sur la race, la couleur, le sexe, la grossesse, l’orientation sexuelle**, l’état civil, l’âge sauf dans la mesure prévue par la loi, la religion, les convictions politiques, la langue, l’origine ethnique ou nationale, la condition sociale, le handicap ou l’utilisation d’un moyen pour pallier ce handicap.

Il y a discrimination lorsqu’une telle distinction, exclusion ou préférence a pour effet de détruire ou de compromettre ce droit.

L’homophobie institutionnalisée au Québec est disparue aujourd’hui grâce aux avancées récentes au niveau législatif ; malgré tout, l’homophobie subsiste encore dans les mentalités. Elle est fondée sur des préjugés et des mythes appelés à s’estomper avec les années et avec de la sensibilisation.

L’ignorance et les préjugés nourrissent la méfiance et conduisent à la mise à l’écart des gais et lesbiennes. Cette forme de discrimination se fait de façon plus subtile, plus camouflée : les blagues, les bavardages, les rires en coin et les commentaires ironiques sont tous des signes tangibles du mépris qu’on témoigne envers ceux et celles qui sont différents de la majorité dans leurs relations amoureuses.

Par ailleurs, on sait qu’il y a eu des améliorations ces dernières années. Des syndicats ont réfléchi sur la discrimination faite aux gais et lesbiennes et ils ont pris des décisions concrètes concernant les clauses de conventions collectives portant sur les avantages sociaux qui sont normalement accordés aux hétérosexuels. Ils ont soutenu la revendication à la pleine citoyenneté des gais et lesbiennes, notamment dans les dossiers de l’union civile, de la filiation et du mariage.

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Quelques dates importantes
On constate que l’évolution de l’histoire canadienne et québécoise des droits des gais et lesbiennes est brève, mais fulgurante. D’abord, la perception sociale de l’homosexualité est passée de perversion criminelle à déviation sexuelle psychologique. Puis, les études scientifiques ont permis de réfuter cette théorie de la maladie mentale. Par la suite, l’inclusion de l’orientation sexuelle dans les chartes a permis de reconnaître les droits des gais et des lesbiennes en tant qu’individus. Mais c’est l’application ultérieure de ces chartes qui a entraîné des changements législatifs concrets menant à la reconnaissance des couples de même sexe et de leur famille.La reconnaissance des unions entre conjoints de même sexe, de l’union de fait au mariage en passant par l’union civile, s’est faite au Québec dans les cinq dernières années. De même, la reconnaissance des familles homoparentales n’est acquise au Québec que depuis 2002 alors que le Québec a reconnu les droits des deux parents d’enfants issus du projet parental d’un couple de même sexe.

Voici les grandes lignes de cette lutte des gais et des lesbiennes vers leur pleine citoyenneté.

XIXe siècleAu Canada, durant cette période, les relations homosexuelles étaient criminalisées et les  » fautifs  » encouraient la peine de mort ou la prison à vie.

XXe siècleJusqu’en 1969, les relations homosexuelles demeurent criminalisées.

1969Le bill omnibus de Pierre E. Trudeau décriminalise les relations homosexuelles, mais l’homosexualité est tout de même perçue comme une maladie mentale par le corps médical.

1973L’homosexualité n’est plus considérée comme une maladie mentale et est conséquemment retirée du Diagnostic Statistical Manual (DSM) qui sert de référence à toutes et tous les professionnel-les de la santé et des services sociaux en Amérique du Nord pour poser un diagnostique. (Il faudra attendre jusqu’en 1992 pour que l’Organisation mondiale de la santé fasse de même.)

1975La Charte des droits et libertés de la personne du Québec est instaurée, sans mentionner l’orientation sexuelle comme motif prohibé de discrimination.

1977L’orientation sexuelle est incluse comme motif illicite de discrimination dans la Charte des droits et libertés du Québec. Le Québec devient ainsi la première juridiction en Amérique du Nord à interdire la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle.

1982Le Canada se dote de sa propre charte, mais refuse d’inclure l’orientation sexuelle comme motif prohibé de discrimination.

1995La Cour suprême du Canada prononce un jugement, l’arrêt Egan, qui interprète la Charte de façon à inclure l’orientation sexuelle comme motif prohibé de discrimination.

1996Des débats houleux à la Chambre des communes sont toutefois nécessaires pour que la Loi canadienne sur les droits de la personne soit effectivement modifiée de façon à inclure un interdit de discrimination fondée sur l’orientation sexuelle. Le Code criminel est modifié afin d’inclure l’orientation sexuelle comme motif de crime à caractère haineux. Un premier secteur d’activité de la CSN, à la Fédération du commerce, négocie l’inclusion de la notion de conjoints de même sexe dans sa convention collective.

1998La CSN contribue à la fondation de la Coalition pour la reconnaissance des conjoints et conjointes de même sexe.

1999L’American Psychological Association reconnaît dans son code de déontologie que de considérer l’homosexualité comme un trouble psychologique, une déviance sexuelle ou une forme de psychopathologie est une faute éthique. Dans les conventions collectives du secteur public les conjoints de même sexe sont reconnus et ils obtiennent les mêmes avantages sociaux que les conjoints de sexe différent vivant en union de fait. Le Québec devient le premier État au monde, par sa Loi modifiant diverses dispositions législatives concernant les conjoints de fait (projet de loi 32), à reconnaître aux conjoints de même sexe exactement les mêmes droits et les mêmes responsabilités qu’aux conjoints de sexe différent vivant en union de fait. Cependant, la discrimination envers les familles formées de couples de même sexe perdure, car la loi ne reconnaît qu’un seul parent.

2001Au Canada, la Loi sur la modernisation de certains avantages et obligations (projet de loi C-23) étend la reconnaissance des unions de fait aux couples de même sexe dans les dispositions fédérales.

2002La CSN présente un mémoire en commission parlementaire appuyant le projet d’instituer l’union civile au Québec – puisque le mariage est compétence exclusivement fédérale – et de reconnaître les deux parents d’une famille homoparentale.
La loi instituant l’union civile et établissant de nouvelles règles de filiation est adoptée au Québec. Ce nouveau statut confère aux conjoints, qu’ils soient de même sexe ou de sexe différent, les mêmes droits et obligations que le mariage. De plus, la loi modifie les règles de filiation pour que les enfants et les parents de familles homoparentales soient reconnus juridiquement de la même façon que les membres des familles hétéroparentales.

2003Plusieurs jugements sont prononcés par différentes cours de la Colombie-Britanique, de l’Ontario et du Québec stipulant que la définition du mariage contrevient à la Charte canadienne des droits et libertés.Conséquemment, les premiers mariages entre conjoints de même sexe sont célébrés en Ontario, puis en Colombie-Britanique. Au Québec, un appel logé à la Cour supérieure retarde l’application du jugement. La Chambre des communes mandate le Comité permanent de la justice et des droits de la personne d’étudier la pertinence de l’ouverture du mariage aux conjointes et aux conjoints de même sexe. Encore une fois, la CSN réclame l’égalité des citoyens gais et lesbiennes en représentant un mémoire au comité.

2004La loi C-250 modifiant le Code criminel au chapitre de la propagande haineuse est adoptée par le Parlement fédéral de façon à inclure le motif illicite de discrimination fondée sur l’orientation sexuelle. Le gouvernement du Canada retarde l’adoption d’une loi autorisant les mariages entre conjoints de même sexe par un renvoi à la Cour suprême du Canada ; quatre questions y sont soumises. Un jugement exécutoire est prononcé en Cour supérieure du Québec en faveur du mariage entre conjoints de même sexe ; 70 pour cent de la population canadienne ont maintenant accès au mariage, entre conjoints de même sexe (la Colombie-Britannique, l’Ontario et le Québec).

2005La Chambre des communes adopte la loi concernant certaines conditions de fond du mariage civil, laquelle permet que le mariage unisse  » deux personnes  » plutôt que  » un homme et une femme « . C’est la fin de la discrimination juridique pour les gais et lesbiennes du Canada. Il reste maintenant à atteindre l’égalité sociale.

Bref, officiellement, le droit à la pleine citoyenneté des gais et des lesbiennes est maintenant chose faite au Québec. Mais il importe de mettre des bémols à notre enthousiasme devant cette avancée des droits de la personne. D’abord, un grand travail de sensibilisation reste à faire de façon que les gais et les lesbiennes de notre société se sentent à l’aise de se prévaloir de leurs droits ou tout simplement de se révéler, au travail ou ailleurs, comme homosexuelles.

De plus, il ne faut pas oublier que dans certaines parties du monde, les relations homosexuelles sont encore passibles de la peine de mort. L’orientation sexuelle est encore à ce jour un motif d’emprisonnement sommaire, de torture et de meurtre. Et l’orientation sexuelle n’est toujours pas incluse dans la Déclaration universelle de droits de l’homme.

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DES RESSOURCES UTILES

* Les ressources syndicales

Tous les syndicats et les fédérations ont le mandat de défendre les droits de toutes travailleuses et de tous les travailleurs.
Il y a dans chaque conseil central de la CSN une ou un responsable du dossier des droits des gais et des lesbiennes.

* Les organismes communautaires

GAI ÉCOUTE
Centre téléphonique d’aide et de renseignements des gais et des lesbiennes du Québec.
Tél. : 1 888 505-1010
www.gai-ecoute.qc.ca

FONDATION ÉMERGENCE INC.
www.emergence.qc.ca

ASSOCIATION DES LESBIENNES ET DES GAIS SUR INTERNET
www.algi.qc.cafleur0

TABLE DE CONCERTATION DES LESBIENNES ET DES GAIS DU QUÉBEC
tabledeconcertation@sympatico.ca

ÉGALE CANADA
Organisme pancanadien pour la promotion de l’égalité et de la justice pour les lesbiennes, les gais et les bisexuel-les.
www.egale.ca